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Arts Visuels


Jean Gaudreau


Un instinct s.v.p.

L'oeuvre de Jean Gaudreau a l'énergie d'un Miles Davis sur le point de souffler les sons les plus bouillonnants d'une trompette. Lyriques, mais arrogants; moelleux, mais sans le confort de la sérénité. Le peintre, lui,giffle tous les démons de son art dans un tourbillon incessant.

Michel Bois


"Je lance sur mes toiles les pulsions de mon subconscient qui gonflent mon imagination au-délà de toute frontière. La peinture est mon langage d'expression, le mirroir de mes états d'âme, la projection des mystères qui m'habitent et qui... ressemblent peut-être aux votres." Ces paroles sont de Jean Gaudreau, un jeune artiste plein de fougue, plein de rage, plein d'audace, qui peint à Québec depuis la fin des années peace and love et qui vit de son art, c'est-à-dire de la vente de ses tableaux qu'on retrouve en galerie, à Montréal, à Toronto et du coté du coeur de la grosse pomme qu'est Manhattan.

   Pour Gaudreau, qui propose Renaissance jusqu'au 29 mai, au centre de diffusion du Vieux-Port, la pratique de l'art n'a rien d'un exercice conceptuel à saveur scolaire. Dans les faits, sa peinture ressemble davantage à un moyen de se rattacher au monde. sorte de manière de communiquer voire d'exister. et cela pour plusieures raisons. D'abord, il a commencé à gagner sa vie fort jeune, soit vers l'âge de 12 ans, en peignant pour les touristes de l'île aux Coudres. Une activité qui requiert une force peu commune, pas tant pour créer, que pour s'accrocher, durer.

   Ensuite, parce que contre vents et marées, il a fait prendre à son art une tournure symboliste à la Gustave Klimt et qu'il a réussi, presque à la force des poignets, à l'imposer avec succès au milieu des galeries pourtant plus préoccupées par l'abstraction que par le figuratif à symbole. et enfin, parce que malgré une certaine rentabilité, l'artiste a connu, avec la récession, une autre période où il en a encore mangé, de la vache enragée, l'obligeant même à squatter dans ses ateliers pour dormir

Mais bon, tout cela a permis au peinter de rentrer en lui-même le temps d'une renaissance...le temps de canaliser à nouveau ses énergies sur la toile, le temps de mettre en place également le Centre de diffusion du Vieux-port, la galerie qu'il a mise au monde et au service des artistes comme lui. Toute une croisade que celle de Gaudreau!

   Cela dit,cet artiste-là nous offre vingt nouveaux tableaux, des oeuvres bouillonnantes, colorées, texturées, qui parlent par signes et par "flashes". Toutes des abstractions à travers lesquelles se retrouvent des maisonettes, des fruits, des sexes, quelques membres tronqués, une flopée de fauves rugissants et ces personnages sans peau, mis à nu jusqu'à l'os, dansant dans une spirale couleur d'enfer où s'agitent pêle-mêle les états d'ame et les pulsions entremêlées aux mille et un souvenirs aux contours noircis.

Voilà, vous l'avez compris, l'homme chevauche sa monture comme un chevalier investit d'une mission. Tout dans sa vie ne respire que pour et par l'art. Et c'est d'instinct qu'il s'y agrippe. Et c'est d'instinct qu'il peint également. Sa démarche est sincère. Une qualité que le public reconnaît toujours.