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Entrevue avec Jean Gaudreau


Pour la beauté du geste

Céline Boisvert


Lorsqu'on entre dans son atelier-galerie style "New-York", ça sent la liberté. Liberté de l'artiste, liberté du public d'observer les toiles à sa guise. L'art "avant-guardiste", de Jean Gaudreau est une façon de rendre l'art visuel accessible aux curieux qui veulent en savoir plus. "Ici (dans mon atelier), c'est une énergie qui est connectée directement avec le public", de mentionner le peintre.

Son exposition Travaux récents présente ses travaux et ses recherches de la dernière année. L'artiste-peintre, qui vit de son art depuis maintenant 12 ans, recherche beaucoup au niveau de la forme, de l'emprunt, "sur la qualité de la tâche", mais aussi il joue avec la matière, en recyclant des morceaux de vieilles toiles, en travaillant des couleurs avec le pastel, l'acrylique, l'huile et le "jet blush". Ainsi son art est très abstrait et va plus loin que la simple approche visuelle.

Son besoin d'exprimer ses sentiments et ses "tripes" l'amène à peindre sur des toiles de grande dimension pour exploiter au maximum la liberté et la beauté du geste. "Si tu veux vraiment me faire plaisir et me faire tripper, tu me fais peindre sur un grand format, parce que ça me permet de m'extérioriser, de m'exalter. J'ai besoin d'espace comme dans la vie. Mon art a besoin d'espace. Je suis d'abord un peintre de grand format". C'est pourquoi il lui arrive parfois de réaliser des décors pour des spectacles, dont Dracula présenté à l'Institut Canadien en 1995.

Ne se limitant pas à une pratique traditionelle de son art, Jean Gaudreau est un artiste événementiel et c'est pourquoi il fit le spectacle La Cage l'an passé avec la danseuse Christiane Bélanger. Le concept, qui était une symbiose danse-peinture, bien accueilli par la critique, montrait Jean dans une "cage" peignant devant le public pendant qu'une chorégraphie s'exécutait autour de lui. D'ailleurs, ce projet l'a amené à faire plusieures toiles sur la danse, "parce que le mouvement, l'expression des corps, du geste, de la lumière sont de grandes sources d'inspiration", précise l'artiste, qui peint depuis l'âge de dix ans. Sensible à ce qu se passe autour de lui, la société l'inspire. C'est pourquoi il a fait une série de toiles lors de la Guerre du Golf.

Individualiste dans son art, il peint de façon très spontanée, selon l'émotion du moment, l'inspiration du moment, produisant des toiles plus agressives, plus violentes par la surcharge de couleurs, de mouvements ou de textures. Par contre, il produit aussi des oeuvres plus épurées, plus simple, dont une qui s'inspirait de la calligraphie japonaise. "J'adore ça!", s'exclamait-il. D'ailleurs on sent toute la fougue des mouvements du peintre dans ses tableaux, l'exploitation et la vigueur du geste. Étant donné qu'il ne se donne pas de thème, il ne sait jamais de quoi aura l'air sa toile avant de l'avoir terminée. Et bien entendu, il lui arrive par moment d'être déçu du résultat. C'est un artiste audacieux qui adore Christo pour le déséquilibre qu'il y a dans ses oeuvres.