JEAN GAUDREAU

CHOREGRAPHE PICTURAL


par JACQUES BELANGER (Parcours 2006, Vol.12 No.1)


À partir de photographies que j'ai prises, j'ai interprété les images qui se présentaient à moi en utilisant la technique du jet d'encre pour une mise en relief des multiples facettes de la masse sombre et miroitante de l'eau.

Lors de notre passage à la résidence du peintre, située dans le quartier Limoilou, à Québec, un soleil éclatant inondait son jardin, enseveli sous une épaisse couche de neige. Dans quelques semaines, l'artiste retrouvera ce lieu l'eau. » qu'il juge indispensable à sa création. « Ce jardin est une oeuvre vivante que je nourris depuis maintenant sept ans. En été, cette oasis de paix se métamorphose en véri- table sculpture florale où je puisse l'essentiel de mon ins- piration », explique-t-il, précisant que le bassin d'eau qu'il y a fait aménager est visible douze mois par année C'est d'ailleurs cet espace liquide qui a inspiré Gaudreau pour la création d'une cinquantaine d'oeuvres sur papier. « C'était un projet que je caressais depuis plusieurs années déjà, étant inspiré par cette forme qui revient tous les hivers : une surface liquide dont l'aspect varie au gré des changements de température. À partir de photographies que j'ai prises, j'ai interprété les images qui se présentaient à moi en utilisant la technique du jet d'encre pour une mise en relief des multiples facettes de la masse sombre et miroitante de l'eau.



Une moisson de projets

L'année 2005 fut fertile en réalisations pour Jean Gaudreau. En septembre, la direction du théâtre L'Impérial de Québec annonçait l'installation de cinq toiles monumentales – des pièces d'environ cinq mètres de hauteur par deux mètres de largeur– de l'artiste, une expérience très enrichissante à ses yeux. « J'aime que mes oeuvres soient accessibles au grand public. En les accrochant dans des lieux ouverts à la population on ouvre la porte au dialogue. C'est pour cette raison que tout au long de ma carrière, j'ai organisé des happenings publics qui incitent les gens à s'ouvrir à une forme d'art qui peut leur paraître, de prime abord, un peu inaccessible. » Gaudreau ajoute que certains de ses tableaux sont accrochés aux murs de quelques restaurants du quartier Saint-Roch, comme le Largo Resto Club et le Versa. « Les gens qui y travaillent me font part des commen- taires de leur clientèle et j'y puise un réconfort pour poursuivre ma démarche. »

Son inspiration, le peintre la puise dans sa vie quotidienne et elle peut, à l'occasion, tomber du ciel comme un cadeau. Ainsi, quelques jours avant notre rencontre, en se promenant dans les allées de la quincaillerie de son quartier, il remarque un contenant de peinture vendu à prix de sacrifice. Le vendeur lui explique qu'il y a eu une erreur sur la couleur. Le peintre demande à voir cette couleur. « C'était un bleu, mais un bleu tellement unique qu'il m'a littéralement jeté par terre. Je n'avais pas éprouvé une telle émotion depuis des mois ». De retour à la maison, il se met à l'oeuvre. Lors de notre rencontre, le tableau, qui n'avait encore passé que deux jours sur son chevalet, annonçait déjà un virage important. Le fond bleu, très pâle, sur la toile révèle une froideur qui est cependant atténuée en périphérie par des masses de couleur orange. Au centre, des formes aériennes évoquent le passage d'une libellule sur un lac.



Pendant que celui qui écrit ces lignes savoure encore cette oeuvre en éclosion, le peintre, lui, présente déjà une toile récente qui témoigne de ce changement de ton. « En créant des surfaces plus texturées, je suis allé chercher une troisième dimension qui m'a donné le goût de retourner à l'automatisme de la gestuelle. » La perte de symétrie qui résulte de l'oeuvre annonce un certain détachement par rapport à l'univers organisé du cirque, tel qu'on le retrouve notamment dans le tableau « L'acrobate et son fil à retordre », un avis que Gaudreau partage.

« La rencontre avec les gens du Cirque du Soleil a été, pour moi une étape charnière, puisque j'y ai retrouvé une formidable énergie, du même type de celle que j'éprouvais lorsque j'explorais le monde de la danse, quelques années auparavant. Dans la thématique du cirque, on retrouve l'essentiel de la vie, avec ses quêtes et ses combats, de même que cette profonde humanité qui nous pousse à semer le rêve autour de nous. »



Gaudreau au fil du temps

L'avenir s'annonce fort prometteur pour l'artiste, dont l'anné 2005 s'est terminée sur une note pour le moins spectaculaire. « L'imprimerie LithoChic m'a approché pour confectionner u calendrier 2006 réunissant douze de mes tableaux que j'estimais les plus intéressants, réalisés au cours des derniers mois. Le résultat dépasse mes attentes, puisque LithoChic a su reproduire oeuvres qui pourront ensuite être encadrées. « Je suis très heureux d'avoir été choisi pour ce projet, ce genre d'opération permettant de mieux faire connaître mes oeuvres au grand public. »

Au moment de notre départ, le jour commençait à décliner période privilégiée pour le peintre, qui se voit comme un oiseau de nuit. « C'est durant la soirée que je retrouve mes pinceaux avec le plus de plaisir. Le téléphone ne sonne pas et le calme qui règne autour favorise la création. Il y a aussi mes trois chats siamois qui viennent s'installer tout près pour me regarder travailler. Ça peut sembler bizarre ce que je vais dire, mais il y a derrière leurs yeux bleus une sagesse et une énergie qui me font du bien, une sorte d'invitation à m'abandonner à leurs vibra- tions positives pour donner le meilleur de moi-même.