À partir de photographies que j'ai prises,
j'ai interprété les images qui se présentaient à moi
en utilisant la technique du jet d'encre pour une mise en relief
des multiples facettes de la masse sombre et miroitante de l'eau.
Lors de notre passage à la résidence du peintre,
située dans le quartier Limoilou, à Québec,
un soleil éclatant inondait son jardin, enseveli
sous une épaisse couche de neige. Dans
quelques semaines, l'artiste retrouvera ce lieu
l'eau. » qu'il juge indispensable à sa création. « Ce jardin est
une oeuvre vivante que je nourris depuis maintenant sept
ans. En été, cette oasis de paix se métamorphose en véri-
table sculpture florale où je puisse l'essentiel de mon ins-
piration », explique-t-il, précisant que le bassin d'eau
qu'il y a fait aménager est visible douze mois par année
C'est d'ailleurs cet espace liquide qui a inspiré
Gaudreau pour la création d'une cinquantaine d'oeuvres
sur papier. « C'était un projet que je caressais depuis
plusieurs années déjà, étant inspiré par cette forme qui
revient tous les hivers : une surface liquide dont l'aspect
varie au gré des changements de température. À partir
de photographies que j'ai prises, j'ai interprété les images
qui se présentaient à moi en utilisant la technique du
jet d'encre pour une mise en relief des multiples facettes
de la masse sombre et miroitante de l'eau.
Une moisson de projets
L'année 2005 fut fertile en réalisations pour Jean
Gaudreau. En septembre, la direction du théâtre
L'Impérial de Québec annonçait l'installation de cinq
toiles monumentales – des pièces d'environ cinq mètres
de hauteur par deux mètres de largeur– de l'artiste, une
expérience très enrichissante à ses yeux. « J'aime que
mes oeuvres soient accessibles au grand public. En les
accrochant dans des lieux ouverts à la population
on ouvre la porte au dialogue. C'est pour cette raison que tout
au long de ma carrière, j'ai organisé des happenings publics qui
incitent les gens à s'ouvrir à une forme d'art qui peut leur
paraître, de prime abord, un peu inaccessible. » Gaudreau ajoute
que certains de ses tableaux sont accrochés aux murs de quelques
restaurants du quartier Saint-Roch, comme le Largo Resto Club
et le Versa. « Les gens qui y travaillent me font part des commen-
taires de leur clientèle et j'y puise un réconfort pour poursuivre
ma démarche. »
Son inspiration, le peintre la puise dans sa vie quotidienne et
elle peut, à l'occasion, tomber du ciel comme un cadeau. Ainsi,
quelques jours avant notre rencontre, en se promenant dans les
allées de la quincaillerie de son quartier, il remarque un contenant
de peinture vendu à prix de sacrifice. Le vendeur lui explique
qu'il y a eu une erreur sur la couleur. Le peintre demande à voir
cette couleur. « C'était un bleu, mais un bleu tellement unique
qu'il m'a littéralement jeté par terre. Je n'avais pas éprouvé une
telle émotion depuis des mois ». De retour à la maison, il se met
à l'oeuvre. Lors de notre rencontre, le tableau, qui n'avait encore
passé que deux jours sur son chevalet, annonçait déjà un virage
important. Le fond bleu, très pâle, sur la toile révèle une froideur
qui est cependant atténuée en périphérie par des masses de
couleur orange. Au centre, des formes aériennes évoquent le
passage d'une libellule sur un lac.
Pendant que celui qui écrit ces lignes savoure encore cette
oeuvre en éclosion, le peintre, lui, présente déjà une toile récente
qui témoigne de ce changement de ton. « En créant des surfaces
plus texturées, je suis allé chercher une troisième dimension qui
m'a donné le goût de retourner à l'automatisme de la gestuelle. »
La perte de symétrie qui résulte de l'oeuvre annonce un certain
détachement par rapport à l'univers organisé du cirque, tel qu'on
le retrouve notamment dans le tableau « L'acrobate et son fil à
retordre », un avis que Gaudreau partage.
« La rencontre avec les gens du Cirque du Soleil a été, pour moi
une étape charnière, puisque j'y ai retrouvé une formidable
énergie, du même type de celle que j'éprouvais lorsque j'explorais
le monde de la danse, quelques années auparavant. Dans la
thématique du cirque, on retrouve l'essentiel de la vie, avec ses
quêtes et ses combats, de même que cette profonde humanité qui
nous pousse à semer le rêve autour de nous. »
Gaudreau au fil du temps
L'avenir s'annonce fort prometteur pour l'artiste, dont l'anné
2005 s'est terminée sur une note pour le moins spectaculaire.
« L'imprimerie LithoChic m'a approché pour confectionner u
calendrier 2006 réunissant douze de mes tableaux que j'estimais
les plus intéressants, réalisés au cours des derniers mois. Le
résultat dépasse mes attentes, puisque LithoChic a su reproduire
oeuvres qui pourront ensuite être encadrées. « Je suis très heureux
d'avoir été choisi pour ce projet, ce genre d'opération permettant
de mieux faire connaître mes oeuvres au grand public. »
Au moment de notre départ, le jour commençait à décliner
période privilégiée pour le peintre, qui se voit comme un oiseau
de nuit. « C'est durant la soirée que je retrouve mes pinceaux
avec le plus de plaisir. Le téléphone ne sonne pas et le calme qui
règne autour favorise la création. Il y a aussi mes trois chats
siamois qui viennent s'installer tout près pour me regarder
travailler. Ça peut sembler bizarre ce que je vais dire, mais il y
a derrière leurs yeux bleus une sagesse et une énergie qui me font
du bien, une sorte d'invitation à m'abandonner à leurs vibra-
tions positives pour donner le meilleur de moi-même.